Nous sommes souvent tentés de comparer le fonctionnement de la nature et celui des entreprises. Certaines d’entre-elles vont même, par biomimétisme, puiser leur modèle économique dans les prouesses de la nature pour créer de nouveaux matériaux, produits ou services. Un seul exemple, le train à grande vitesse japonais Shinkansen s’est inspiré de l’aérodynamisme d’un oiseau, le martin pêcheur, pour supprimer ses nuisances sonores et limiter la résistance à l’air. Les capacités d’adaptation et de résilience de la nature sont liées — en grande partie — à ce qu’on appelle la biodiversité, c’est-à-dire au sens littéral du terme, la diversité biologique : gènes, espèces végétales et animales. Elle constitue le véritable moteur des écosystèmes en perpétuel mouvement. Que peuvent en apprendre les entreprises et les organisations humaines ?

La diversité source d’équilibre et de résilience

Que ce soit pour la nature ou pour les entreprises, la diversité et la quantité des éléments qui les composent sont sources d’équilibre et de résilience. Ils participent au fonctionnement global de l’écosystème. Comme une forêt peut faire face à un stress —une coupe rase ou un incendie — et se régénérer, les entreprises se développent, se transforment ou disparaissent en laissant place à d’autres. Une vision radicale mais incontestable sur le long-terme.

Si la biodiversité d’un territoire rassemble des milliards de milliards d’éléments, le tissu des entreprises de France en compte 3,5 millions constituant un panel très varié. Toutes ne fonctionnent pas de la même manière, ne poursuivent pas les mêmes buts. Les très grandes composent le CAC 40, les plus de 250 salariés forment un groupe de 5500 unités et l’immense solde, ce sont les PME et de microentreprises. Leur actionnariat est familial ou non. Certaines visent le profit maximal, d’autres non comme les SCOP ou les structures de l’économie sociale et solidaire. Ce dernier pesant environ 10% du PIB et 13% de l’emploi salarié en France.

Cette variabilité des tailles, des nombres et des statuts que compose un écosystème naturel ou entrepreneurial est source de force, d’adaptation et de résilience. La France reste la 5ème puissance économique mondiale avec seulement 1% de la population mondiale.

 

La diversité source de valeur

Il y a une autre conséquence de ce comparatif nature/entreprise, c’est le facteur qualitatif. De la qualité et de la complexité des relations entre les parties de l’écosystème nait de la valeur. Un exemple, la qualité de notre système éducatif et de formation favorise l’émergence de bonnes compétences au service d’un système productif de biens et services. Puis chaque entreprise s’intègre dans une chaîne de valeur au service du consommateur final et/ou du citoyen. On peut aborder ici la logique classique client/fournisseur qui, certes, structure les échanges mais ne se limite pas ou plus à un simple rapport de force. Si l’un exploite l’autre, la relation s’éteindra et n’aura pas apporté beaucoup de valeur ajoutée. Si les uns et les autres co-construisent, la donne change et le résultat final en sera bonifié. Dans la nature, le rapport de force existe bel et bien — et il est même très violent — mais aucun animal ou plante ne va détruire totalement la (res)source de nourriture dont il dépend. Chez les carnivores, c’est même la ressource (absence de proies) qui limite leur nombre au sommet de la chaîne alimentaire.

« Il n’est plus possible de réussir un projet sans tenir compte de la qualité de l’expérience de tous les acteurs humains qui participent à sa réalisation comme à tous ceux qui en bénéficient. »

Dominique Sciamma – Directeur de Strate École de Design

Autres images, les liens territoriaux que peuvent tisser les organisations entre elles pour créer de la valeur par la collaboration et la valorisation. On parle ici de clusters, de pôles de compétitivité ou tout simplement d’écosystèmes vertueux comme celui de Grenoble qui lie université-recherche-industrie. L’intégration de start-up dans les stratégies de changement des grandes entreprises internationales est également un bon exemple de mutualisme.

La tendance actuelle, selon l’étude annuelle publiée en 2018 par le cabinet de conseil Deloitte, est à l’entreprise sociale (ou sociétale ?). « Des entreprises qui à 77% jugent que les questions de citoyenneté et d’impact social sont importantes ou très importantes. Avec une tendance à l’ouverture à l’extérieur, à un impact positif sur son environnement social et environnemental comme en témoigne la labellisation d’origine américaine B-Corp qui exige des entreprises qu’elles prennent en compte l’impact de leurs décisions sur un ensemble de parties prenantes. »

La diversité source de beauté et de bien-être

Dernier point plus immatériel mais peut-être plus essentiel, la création d’un monde meilleur, plus agréable à vivre, à respirer et à admirer.

Un écosystème naturel riche et varié suscite des émotions positives parce qu’il est tout simplement beau et inspirant. Qui ne s’extasie pas devant un paysage multicolore et varié, devant une lumière cristalline, devant une eau étincelante ? Et dans une entreprise qui ne rêve pas d’y voir des sourires, de l’énergie, de l’élan ? En tout cas, ses clients adoreront ! N’y a-t-il pas ainsi de corrélations entre l’équilibre dynamique des forces — l’écosystème — ses parties prenantes — leur joie — et le résultat concret en termes de valeur économique et sociale, de beauté ?

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Cet article, extrait de Linkedin, a été écrit par Loïck Roche, avec Laurent Rivet, Journaliste d’entreprise, Expert Influence et Capital immatériel, https://augmenter-votre-influence.fr