L’OUEST GUYANAIS

UN ENJEU ÉCONOMIQUE ET SOCIAL MAJEUR POUR L’AVENIR DE LA GUYANE*

L’Ouest guyanais est un territoire exceptionnel en France des points de vue économique, géographique, démographique et culturel. Sa population cosmopolite de 93 000 habitants (35 % des Guyanais), majoritairement bushinenguée, a quadruplé en trente ans, sous l’effet conjugué de l’accroissement naturel et de l’immigration. L’Ouest guyanais présente des caractéristiques fortes : (i) le français n’est ni la langue maternelle ni la langue véhiculaire dans la plupart des communes, (ii) l’emploi est d’abord informel, et (iii) l’habitat est principalement spontané, dans des logements construits en dehors du cadre légal (i.e. sans propriété foncière et/ou sans permis de construire).

La sous-région est en pleine transition : le mode de production traditionnellement autarcique des populations bushinenguées et amérindiennes, marqué par une faible division sociale du travail, cohabite avec la diffusion du capitalisme. L’informalité omniprésente de l’économie est en partie héritée des modes de vie traditionnels, persistants sur le territoire. La présence sur le terrain permet d’appréhender le rôle d’amortisseur social de l’économie souterraine, et d’entrevoir son ampleur dans des secteurs aussi divers que l’agriculture, l’orpaillage, la pêche, les transports ou la construction.

L’analyse statistique constate une économie formelle faible, limitée à l’activité de la sphère publique et à la consommation marchande. Freiné par la pénurie foncière et par l’insuffisance des qualifications professionnelles de la population, le lent développement de l’entreprise privée est tiré par la croissance de la demande de biens et services, elle-même basée sur la forte poussée démographique.

L’action de la puissance publique peine à s’élever à la hauteur des enjeux importants de développement. Les collectivités locales sont endettées, ne disposent pas de capacités de financement suffisantes, et souffrent pour certaines de mauvaise gestion. L’État tente d’assurer la continuité des services publics sur un territoire en manque notable d’infrastructures.

De la population très jeune émergera bientôt une génération d’individus en âge de travailler. Les faiblesses de l’offre de formation locale, de l’économie formelle et du marché du travail, risquent de contraindre au chômage, à l’activité informelle ou au déplacement, une part croissante et majoritaire de la population. Dans ce territoire historiquement faiblement administré et éloigné des centres politiques, l’absence de perspectives d’avenir risque d’engendrer une montée des tensions sécuritaires et des revendications sociales.

D’importants investissements sont en cours sur le territoire, notamment grâce au Plan d’Urgence. Mais les retards structurels de développement et la croissance démographique sont d’une telle ampleur, que les projets semblent sous-calibrés pour répondre aux défis de l’Ouest. Une implication plus importante de la puissance publique et une adaptation plus fine aux spécificités locales seront nécessaires pour générer une amorce de croissance endogène.

 

 

*Communiqué de presse de l’IEDOM annonçant une conférence de presse organisée le 13 décembre 2019.