Sans innovation, point de salut ; l’entreprise est condamnée à plus ou moins long terme à mourir. Car c’est elle qui va lui permettre, quelle que soit sa taille, de se différencier face à la concurrence, d’assurer sa pérennité, en un mot : survivre. 

« La vie, c’est comme une bicyclette : il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre. »

– Albert Einstein –

 Invention et innovation.

Constat : les entreprises sont souvent détentrices de gisements considérables d’idées novatrices inexploitées qui restent confinées dans ses tiroirs. Qu’est-ce donc que l’innovation ? Elle consiste à amener une idée novatrice, pertinente, utile, voire salutaire pour l’entreprise, au décideur afin qu’il prenne les mesures nécessaires pour la mettre en œuvre. Apparaît donc une étape fondamentale et souvent négligée en stratégie d’innovation, cause de multiples échecs de la démarche : la vente au décideur de l’idée innovante. En effet, si cette dernière n’est pas effectuée, l’idée novatrice, que j’appelle ici l’innovation, sera reléguée à une simple invention qui se différencie de l’idée innovante par le fait qu’elle ne sera jamais appliquée au sein de l’organisation, condamnée à séjourner de manière permanente dans un dossier ou fichier archivé. Par contre, quand l’invention est vendue au décideur qui la met en œuvre, elle devient de l’innovation dont le cœur est la créativité. 

« Une personne qui n’a jamais commis d’erreurs n’a jamais tenté d’innover. » – Albert Einstein –

 Cet état d’esprit qui dérange.

Il apparaît quatre conditions incontournables, dérangeantes, qui doivent se développer et qui président à la constitution de l’état d’esprit de la créativité individuelle. 

1 – Oser transgresser les règles.

Pour se réaliser, aller au-delà de ses rêves, l’homme doit devenir un casseur de codes, un ennemi, un pourfendeur, un briseur d’images de tous modèles existants. Il doit oser être transgressif.

  « Le symptôme le plus certain de l’aliénation mentale, est de recommencer éternellement les mêmes choses en s’attendant à ce que les résultats soient différents. » – Albert Einstein –

 2 – Accepter l’erreur, l’imperfection et l’idée idiote comme chemin de créativité.

On craint, quand on est aux abords d’un chemin de créativité, d’émettre des idées stupides. Cette crainte nous amène à penser et à croire à travers des modèles archaïques, parce que ces modèles sont sûrs, ont été éprouvés, et la majorité des individus les conçoivent et les admettent comme étant corrects, comme étant normaux. Alors qu’en réalité, pour accoucher d’une solution brillante, il nous faut de nouvelles idées, même si la plupart d’entre elles auront l’air parfaitement idiotes. Car plus on a d’idées, même si elles paraissent stupides ou saugrenues, plus on a de chances, dans le lot de celles qui ont été émises, d’en trouver une d’exploitable. Il est normal que dans l’émission de quelque chose de nouveau, rien de ce qui est nouveau soit parfait. Quand on est en recherche créative, on n’est pas dans le confort et la sécurité. 

« La théorie, c’est quand on sait tout et que rien ne fonctionne. La pratique, c’est quand tout fonctionne et que personne ne sait pourquoi. Ici nous avons réuni théorie et pratique : rien ne fonctionne et personne ne sait pourquoi ! » – Albert Einstein – 

3 – La critique, écueil à l’émergence de la créativité.

La critique, même si elle est autorisée ou détenue par une certaine autorité sur la chose, se révèle la plupart du temps à coté de cet élan créatif qui a amené un avancement de la conscience. Ce qui est également le cas de l’establishment qui considère cela comme quelque chose de ridicule et sans avenir.

. Pierre Pochet, professeur de physiologie en 1872, disait à ses étudiants d’un ton docte : « La théorie des microbes de Louis Pasteur est une fiction ridicule ».

. Une note de service de la Western Union en 1876 affirmait : « Le téléphone a trop de défauts pour qu’on puisse le considérer sérieusement comme un moyen de communication. Cet appareil est au fond sans valeur aucune pour notre société ».

. Jack Warner de la Warner Brothers déclarait en 1927 : « Diable, dites-moi qui a besoin d’entendre les acteurs parler à l’écran ! ».

. La compagnie de disques DECCA, à propos des Beatles, en 1962, déclarait également : « Nous n’aimons pas leur musique et de toute façon, les yéyés à guitare sont en voie de disparition ».

  « Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine…mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. »   – Albert Einstein –

4 – L’humour, outil indispensable à la créativité.

L’humour est fondamental dans une démarche créative. Voir la vie comme un jeu est également essentiel. Toute pensée nouvelle, étrangère, est rejetée par le cerveau qui n’apprécie que ce qu’il connaît, que ce qu’il a entendu, vu, ressenti de multiples fois. Pour lui faire admettre une idée nouvelle, c’est l’humour qui permet de cour circuiter le système immunitaire du mental. Il ne faut pas avoir peur d’avoir des idées. 

« La seule chose absolue dans un monde comme le nôtre, c’est l’humour. » – Albert Einstein –

Le groupe de créativité au service de l’innovation.

Inhérent à la nature humaine, le moteur créatif peut se mettre en œuvre, soit de manière individuelle (cela se cultive facilement), soit en groupe. Pour qu’un groupe de créativité fonctionne avec efficacité, il est judicieux d’observer trois règles de fonctionnement :

1 – Composition : 6 à 8 personnes, volontaires, mixtes, hétérogènes (d’univers et de cultures différentes, pas issues de la même entreprise, ne se connaissant pas forcément).

2 – Techniques créatives : utilisation constante du moteur créatif à deux temps basé en premier lieu sur le principe d’éloignement du problème et, en second lieu, sur le principe de retour dans le champ du problème. L’éloignement consiste à utiliser des techniques qui n’ont pas un lien direct avec la problématique à résoudre, qui surprennent le profane, afin de forcer les associations d’idées farfelues, inattendues, qui amènent à produire un flux d’idées à la fois délirantes pour certaines, et exploitables pour d’autres, qui obligent automatiquement à prendre du recul, de la hauteur, et qui serviront de tremplin à des idées originales. Objectifs du principe d’éloignement : favoriser le jaillissement de l’étincelle, et réduire la durée d’incubation des idées innovantes.

3 – L’animateur du groupe : la réussite de l’animation d’un groupe de créativité va dépendre avant tout des compétences de son animateur qui ne fonctionne pas, en l’espèce, comme un animateur d’un groupe de formation classique. C’est lui qui doit veiller à l’application du moteur créatif susnommé. Son acuité doit être multidirectionnelle : être directif sur la forme (les règles) et non directif sur le fond (la production d’idées), expliciter les objectifs et les méthodes de travail, marquer les temps, vérifier que le groupe fonctionne (feed-back, reformulation), gérer l’énergie du groupe, stimuler la participation, savoir faire face à d’éventuelles conflits, maîtriser le temps, prévoir l’intendance.  

 « L’imagination est plus importante que la connaissance. » – Albert Einstein –  

Analogie et stratégie d’innovation.

Une des techniques de groupes de créativité les plus puissantes à mettre en œuvre en stratégie d’innovation, et que je recommande pour l’avoir animé très souvent, s’appelle l’analogie. Comme son nom l’indique, et à partir du moment où les trois règles de fonctionnement précitées sont observées, elle est basée sur les analogies observées, à titre d’exemples non limitatifs, entre les univers du monde animal, minéral et végétal, mais également, en fonction du problème posé, sur l’exploration d’univers aussi éloignés de la nature que ceux de l’automobile, du sanitaire, de la cuisine, de l’électroménager, de la formule 1, de la médecine, etc. Deux éléments vont donc se rencontrer pour assurer le succès de la démarche :

– La composition hétérogène du groupe qui ne nécessite pas pour ses participants de détenir une expertise mais d’être simplement disponibles et libres dans leur tête.

– La qualité de l’animation liée à l’expertise de l’animateur en la matière qui, grâce à la technique analogique, va fournir une production édifiante d’idées particulièrement originale. La preuve en est, les quatre exemples d’utilisation de cet outil créatif que je vous propose de découvrir, ci-dessous, en guise d’illustration de mon propos. 

1 – Du martin-pêcheur au T.G.V japonais.

En pénétrant à 350 km/h dans les tunnels, le TGV japonais provoquait une onde de choc extrêmement bruyante et perturbatrice. La solution est venue d’Eiji Nakatsu, ingénieur ferroviaire passionné d’ornithologie, à partir d’une étonnante question : comment fait le martin-pêcheur pour attraper ses proies dans l’eau sans perdre de vitesse, ni faire des remous ? Les deux phénomènes sont en effet comparables : le train comme l’oiseau rencontrent brusquement une forte résistance, mais l’oiseau traverse l’eau comme une fleur grâce à un bec long et tranchant. Eiji Nakatsu a donc conçu sur son ordinateur un profil idéal pour le nez du train, imitant la forme du bec et la tête du martin-pêcheur. Réduisant ainsi la pression de l’air, le train roule dorénavant sensiblement plus vite avec une moindre nuisance au passage des tunnels et, cerise à la surface de l’eau, une réduction de 15 % de la consommation électrique. 

2 – Du moustique aux aiguilles indolores.

La perspective d’une piqûre est rarement agréable, même si l’infirmière est jolie. Celle du moustique est le plus souvent indolore. Deux sociétés japonaises, Terumo Corporation et Okano Industrial Corporation, ont donc décidé de s’inspirer de la trompe du moustique, conique et non pas cylindrique, pour produire des aiguilles médicales. Les chercheurs ont également réussi à rétrécir la taille des aiguilles. Depuis 2005, les seringues Nanopass 33 sont ainsi vendues à plusieurs millions d’exemplaires dans le monde. 

3 – De la baleine au pacemaker.

C’est en étudiant le cœur des cétacés, une pompe cardiaque propulsant l’équivalent de six baignoires de sang oxygéné dans un réseau sanguin 4500 fois plus grand que le nôtre que Jorge Reynolds, l’un des inventeurs du pacemaker, a découvert que la contraction du myocarde était commandée par des fibres minuscules émettant des signaux électriques, même au travers de la masse graisseuse. Il pourrait s’en inspirer pour réaliser un stimulateur cardiaque quasiment invisible et fonctionnant sans piles. 

4 – De la termitière à l’immeuble de bureau.

Les termites détruisent les structures en bois de nos logements mais leurs habitacles sont des modèles de construction. Un immeuble de bureau, l’Eastgate Building, à Harare, capitale du Zimbabwe, s’en inspire. Des bases en sous-sol récupèrent de la fraîcheur et 48 cheminées sur le toit s’ouvrent ou se ferment pour créer des courants d’air et laisser s’échapper l’air chaud. Comme dans une termitière où les insectes obstruent ou percent des trous au sol selon la température, l’Eastgate Building a permis de faire 35 % d’économie d’énergie par rapport aux immeubles normaux avec, du même coup, une réduction de 20 % des loyers. 

« Tout ce qui est vraiment grand et inspiré n’a été réalisé que par des individus travaillant librement. » – Albert Einstein –  

 

 

(Article extrait du site LinkedIn, signé Daniel Weber, Conseil d’entreprise (grands groupes ; E.T.I), formateur, coach certifié)